La violence, le vide et le conflit

« … la galère se constitue dans un univers marqué par la fin des banlieues rouges. Les groupes d’adultes formés dans les communes où nous avons travaillé avec les jeunes sont dominés pas la crise et l’épuisement d’un système d’action. Les adultes qui sont en « amont » de la galère, qui en sont, bien involontairement, les « géniteurs », vivent en réalité les mêmes problèmes que ceux de la galère, mais sur un mode bien particulier dans la mesure où ils sont plus intégrés que les jeunes, où ils disposent de ressources et de stratégies plus fortes et plus nombreuses, et où ils portent le deuil d’un ancien monde là où les jeunes ne rencontrent que le vide. »

DUBET, François. La Galère: jeunes en survie. Paris: Points, 2008, p. 232 (Edition originale Arthème Fayard, 1987)

« Les jeunes ne sont pas enragés parce qu’ils sont dominés, mais parce que cette domination interdit le conflit, parce qu’elle se moule dans des images institutionnelles et techniques qui interdisent de les percevoir comme des formes de domination, sous prétexte souvent qu’elles n’ont rien à voir avec celles qui règnent encore dans certains secteurs de production. Où sont les lieux où les acteurs concernés, pas uniquement les professionnels et les corporations, débattent de l’école, de la répression, des relations entre les groupes? L’intervention sociologique montre que la création de tels espaces ne réconcilie personne et n’efface pas la domination; mais qu’elle introduit le conflit là où se tenait la violence. »

DUBET, François. La Galère: jeunes en survie. Paris: Points, 2008, p. 561 (Edition originale Arthème Fayard, 1987)