Les buts de la sociologie

« Il faut que notre société prenne conscience de son unité organique; que l’individu sente cette masse sociale qui l’enveloppe et le pénètre, qu’il la sente toujours présente et agissante, et que ce sentiment règle toujours sa conduite ; car ce n’est pas assez qu’il ne s’en inspire que de temps en temps dans des circonstances particulièrement critiques. […] Je crois que la sociologie est, plus que tout autre science, en état de restaurer ces idées. C’est elle qui fera comprendre à l’individu ce que c’est la société, comme elle le complète et combien il est peu de chose réduit à ses seules forces. Elle lui apprendra qu’il n’est pas un empire au sein d’un autre empire, mais l’organe d’un autre organisme, et lui montrera tout ce qu’il y a de beau à s’acquitter consciencieusement de son rôle d’organe. Elle lui fera sentir qu’il n’y a aucune diminution à être soit même. Sans doute ces idées deviendront vraiment efficaces que si elles se répandent dans les couches profondes de la population […]. Contribuer à atteindre ce résultat dans la mesure de mes forces sera mon principal souci et je n’aurai pas de plus grand bonheur que si j’y puis réussir un peu. »

Durkheim, Émile. La science sociale et l’action, Paris, PUF, 1970 p.109-110 (cité dans la préface de Serge Paugam) In Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 1930