Le paradoxe du salarié

« Propriétaires d’esclaves et propriétaires terriens ont même intérêt personnel à maintenir leurs esclaves ou paysans corvéables en bon état de produire : leur droit sur eux devient, dans leur propre intérêt, un devoir – ce qui n’est pas le cas du capitaliste par rapport au salarié, ou bien, si ce l’est malgré tout, cela n’est pas toujours perçu. Il faut ainsi dire que la libération du travailleur soit également payée par la libération du patron, c’est-à-dire la suppression de l’assistance dont jouissait le travailleur non libre. La dureté ou l’insécurité de sa situation momentanée est donc précisément une preuve de ce processus de libération qui commence par la suppression de la dépendance individuelle. »

SIMMEL, Georg. Philosophie de l’argent. Paris : PUF, 1987, p. 369