La société est désordre

« D’abord, il est nécessaire de le répéter, la société s’appréhende comme un ordre approximatif et toujours menacé; à des degrés variables selon les types ou formes, elle est le produit des interactions de l’ordre et du désordre, du déterminisme et de l’aléatoire. Ensuite, elle met en présence de configurations dont la reproduction n’est pas assurée. Ce terme même est rendu trompeur par l’effet de l’analogie, et néfaste parce qu’il cache la réalité du social qui résulte d’une production continue, jamais achevée. Enfin, la société se donne à voir comme un ensemble unifié, comme une forme dont la cohérence interne s’impose, mais avant tout par le jeu des écrans qui masquent les coupures et les désajustements. Ce qui est nommé « société » ne correspond pas à un ordre global déjà là, déjà fait, mais à une construction d’apparence et de représentations ou à une anticipation nourrie par l’imaginaire. Le social, peut-on dire par formule, est sans fin à la recherche de son unification; tel est son horizon. » 

BALANDIER, Georges. Le désordre. Éloge du mouvement. Paris : Librairie Arthème Fayard, 1988, p. 68.