Pour une écologie sociale?

« L’écologie n’est ni « profonde », ni « grande », ni « grosse », ni « épaisse ». Elle est sociale. Elle ne repose pas sur des incantations, des soutras, des diagrammes de flux ou des caprices spirituels. Elle est ouvertement rationnelle. Elle ne s’amuse pas à mélanger des formes métaphoriques de mécanisme spirituel et de biologisme grossier avec de l’éco-blabla taoïste, bouddhiste, chrétien ou chamanique. C’est une forme cohérente de naturalisme qui s’intéresse à l’évolution et à la biosphère, et non à des divinités dans le ciel ou sous terre pour des explications quasi-religieuses ou surnaturelles des phénomènes naturels et sociaux. »

BOOKCHIN Murray. Social Ecology vs Deep Ecology. Green perspective, n°4/5, 1987 in HACHE, Émilie (dir.). Écologie politique. Cosmos, communautés, milieux. Paris : Éditions Amsterdam, 2012, p. 178-179.

« […] L’écologie sociale rejette un « biocentrisme » qui par essence nie ou abaisse la singularité des êtres humains, la subjectivité humaine, la rationalité, la sensibilité esthétique et la potentialité éthique de l’humanité. De la même manière, elle rejette un « anthropocentrisme » qui confère à quelques privilégiés le droit d’aller piller le monde vivant, y compris la vie humaine. En fait, elle s’oppose aux « centristes » de toutes sortes comme nouveau mot désignant la hiérarchie et la domination – qu’il s’agisse de la domination de la nature par un « Homme » mystique ou la domination des humains par une « Nature » tout aussi mystique. Elle refuse fermement de considérer la nature comme un panorama statique que des hommes des montagnes comme Foreman admirent depuis un sommet au Nevada, ou que des yuppies pourris-gâtés contemplent à travers les baies vitrées de leurs maisons de campagne de mauvais goût. Pour l’écologie sociale, la nature est l’évolution naturelle, non pas un arrangement cosmique d’êtres bloqués dans un instant d’éternité à révérer, adorer et vénérer comme les dieux et les déesses d’un royaume « sur-naturel ». L’évolution naturelle est la nature au sens véritable où elle est composée d’atomes, de molécules qui ont évolué en acides aminés, protéines, organismes unicellulaires, codes génétiques, invertébrés et vertébrés, amphibies, reptiles, mammifères, primates et êtres humains – le tout dans un élan cumulatif vers une complexité toujours plus grande, toujours plus de subjectivité et , enfin, une capacité toujours plus grande à la pensée conceptuelle, la communication symbolique et la conscience de soi. […] »

BOOKCHIN Murray. Social Ecology vs Deep Ecology. Green perspective, n°4/5, 1987 in HACHE, Émilie (dir.). Écologie politique. Cosmos, communautés, milieux. Paris : Éditions Amsterdam, 2012, p. 180.