Regardons la liberté en face

« L’Idée transcendantale de la liberté ne constitue certes pas, tant s’en faut, tout le contenu du concept psychologique qui porte ce nom et qui est en grande partie empirique; elle constitue seulement, en fait, le concept de la spontanéité absolue de l’action, tel qu’il est le fondement propre de l’imputabilité de cette action. Cette Idée est néanmoins la vraie pierre d’achoppement de la philosophie, laquelle trouve des difficultés insurmontables à admettre une semblable sorte de causalité inconditionnée. Ce qui donc, dans la question portant sur la liberté du vouloir, a mis depuis toujours en si grand embarras la raison spéculative, n’est proprement que d’ordre transcendantale et porte uniquement sur le fait de savoir si l’on doit admettre un pouvoir de commencer de soi-même une série de choses ou d’états successifs. »

KANT, Emmanuel. Critique de la raison pure. Paris : GF-Flammarion, 2006 (3e édition corrigée), p. 444.

L’espace de ma subjectivité

« L’espace n’est rien d’autre que simplement la forme de tous les phénomènes des sens externes, c’est-à-dire la condition subjective de la sensibilité sous laquelle seulement, pour nous, une intuition externe est possible. »

KANT, Emmanuel. Critique de la raison pure. Paris : GF-Flammarion, 2006 (3e édition corrigée), p. 123.

« Dites-moi, Emmanuel … qu’est ce que la vérité? »

« La vieille et célèbre question par laquelle on croyait pousser les logiciens dans leurs retranchements et cherchait à les amener, soit à ne pouvoir que se laisser prendre au piège d’un misérable diallèle, soit à être obligé de reconnaître leur ignorance, et par conséquent la vanité de tout leur art, est la suivante: Qu’est-ce que la vérité? La définition nominale de la vérité, selon laquelle elle consiste dans la conformité de la connaissance avec son objet, est ici accordée et présupposée; on désire toutefois savoir quel est le critère universel et sûr de la vérité d’une quelconque connaissance.

C’est déjà une grande et nécessaire preuve de sagesse ou d’intelligence que de savoir quelles questions on peut raisonnablement poser. Car si la question est en soi absurde et appelle des réponses vaines, elle a pour inconvénient, outre qu’elle humilie celui qui la soulève, parfois aussi d’égarer dans des réponses absurdes celui qui l’entend sans faire preuve de précautions et de produire le ridicule spectacle de deux individus dont l’un trait le bouc (comme disaient les anciens), alors que l’autre tient au-dessous un tamis. »

KANT, Emmanuel. Critique de la raison pure. Paris : GF-Flammarion, 2006 (3e édition corrigée) , p. 148.