J’appartiens irréductiblement à mon époque

« Cet ouvrage est une étude clinique. Ceux qui s’y reconnaîtront auront, je crois, avancé d’un pas. Je veux vraiment amener mon frère, noir ou blanc, à secouer plus énergiquement la lamentable livrée édifiée par des siècles d’incompréhension.

L’architecture du présent travail se situe dans la temporalité. Tout problème humain demande à être considéré à partir du temps. L’idéal étant que toujours le présent serve à construire l’avenir.

Et cet avenir n’est pas celui du cosmos, mais bien celui de mon siècle, de mon pays, de mon existence. En aucune façon je ne dois me proposer de préparer le monde qui me suivra. J’appartiens irréductiblement à mon époque. 

Et c’est pour elle que je dois vivre. L’avenir doit être une construction soutenue de l’homme existant. Cette édification se rattache au présent, dans la mesure où je pose ce dernier comme chose à dépasser. »

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Éditions du Seuil, 1952, p. 12-13.

La possibilité de l’impossibilité

« Celui qui hésite à me reconnaître s’oppose à moi. Dans une lutte farouche, j’accepte de ressentir l’ébranlement de la mort, la dissolution irréversible, mais aussi la possibilité de l’impossibilité.

L’autre, cependant, peut me reconnaître sans lutte:

« L’individu qui n’a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne, mais il n’a pas atteint la vérité de cette reconnaissance d’une conscience de soi indépendante. »

Historiquement, le nègre a fait irruption dans la lice où se trouvait les maîtres. Pareil à ces domestiques à qui une fois l’an on permet de danser au salon, le nègre cherche un support. Le nègre n’est pas devenu un maître. Quand il n’y a plus d’esclaves, il n’y a pas de maîtres. 

Le nègre est un esclave à qui on permis d’adopter une attitude de maître.

Le Blanc est un maître qui a permis à ses esclaves de manger à sa table. »

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Éditions du Seuil, 1952, p. 213.