L’expérience de la stigmatisation

« … on demande à l’individu stigmatisé de nier le poids de son fardeau et de ne jamais laisser croire qu’à le porter il ait pu devenir différent de nous ; en même temps, on exige qu’il se tienne à une distance telle que nous puissions entretenir sans peine l’image que nous nous faisons de lui. En d’autres termes, on lui conseille de s’accepter et de nous accepter, en remerciement naturel d’une tolérance première que nous ne lui avons jamais tout à fait accordée. Ainsi, une acceptation fantôme est la base d’une normalité fantôme. »

GOFFMAN, Erving. Stigmate, les usages sociaux des handicaps. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 145

« … il vient un moment où le cercle domestique ne peut plus jouer son rôle protecteur, moment qui varie selon la classe sociale, le lieu d’habitation et le type de stigmate, mais qui représente toujours une épreuve morale. »

GOFFMAN, Erving. Stigmate, les usages sociaux des handicaps. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 47

« Lorsque l’identité sociale d’un individu s’écarte au réel de ce que ce qu’elle est au virtuel, nous, normaux qui entrons en contact avec lui, pouvons soit le savoir déjà, soit nous en apercevoir dès l’abord. Il s’agit alors d’un individu discrédité […]. Dans ce cas […], l’attitude la plus fréquente consiste à ne pas reconnaître ouvertement ce qui, en lui, le discrédite, en un effort attentif d’indifférence qui s’accompagne souvent d’une tension, d’une incertitude et d’une ambiguïté ressenties par tous les participants, et surtout le stigmatisé. »

GOFFMAN, Erving. Stigmate, les usages sociaux des handicaps. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 57

« … il arrive que nous percevions la réaction de défense qu’a l’individu stigmatisé à l’égard de sa situation comme étant l’expression directe de sa déficience, et qu’alors nous considérions, à la fois, la déficience et la réaction comme étant le juste salaire de quelque chose que lui, ou ses parents, ou son peuple, ont fait, ce qui, par la suite, justifie la façon dont nous le traitons. »

GOFFMAN, Erving. Stigmate, les usages sociaux des handicaps. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 16

Stigmate

« … dans tous les cas de stigmate, […] on retrouve les mêmes traits sociologiques: un individu qui aurait pu aisément se faire admettre dans le cercle des rapports sociaux ordinaires possède une caractéristique telle qu’elle peut s’imposer à l’attention de ceux d’entre nous qui le rencontrent, et nous détourner de lui, détruisant ainsi les droits qu’il a vis-à-vis de nous du fait de ses attributs. Il possède un stigmate, une différence fâcheuse de ce à quoi nous nous attendions. Quand à nous, ceux qui ne divergent pas négativement de ces attentes particulières, je nous appellerai les normaux. »

GOFFMAN, Erving. Stigmate, les usages sociaux des handicaps. Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 15