Les buts de la sociologie

« Il faut que notre société prenne conscience de son unité organique; que l’individu sente cette masse sociale qui l’enveloppe et le pénètre, qu’il la sente toujours présente et agissante, et que ce sentiment règle toujours sa conduite ; car ce n’est pas assez qu’il ne s’en inspire que de temps en temps dans des circonstances particulièrement critiques. […] Je crois que la sociologie est, plus que tout autre science, en état de restaurer ces idées. C’est elle qui fera comprendre à l’individu ce que c’est la société, comme elle le complète et combien il est peu de chose réduit à ses seules forces. Elle lui apprendra qu’il n’est pas un empire au sein d’un autre empire, mais l’organe d’un autre organisme, et lui montrera tout ce qu’il y a de beau à s’acquitter consciencieusement de son rôle d’organe. Elle lui fera sentir qu’il n’y a aucune diminution à être soit même. Sans doute ces idées deviendront vraiment efficaces que si elles se répandent dans les couches profondes de la population […]. Contribuer à atteindre ce résultat dans la mesure de mes forces sera mon principal souci et je n’aurai pas de plus grand bonheur que si j’y puis réussir un peu. »

Durkheim, Émile. La science sociale et l’action, Paris, PUF, 1970 p.109-110 (cité dans la préface de Serge Paugam) In Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 1930

 

Les antisociologues

« Les antisociologues, successeurs des sociologues critiques, sont fascinés par l’explosion de l’individualisme et ne se représentent la réalité sociale que comme un ensemble de contraintes et de menaces extérieures. Rien, selon eux, ne doit s’interposer entre l’individu et l’État, entre les Droits de l’Homme et le totalitarisme : comme s’il n’existait plus aucun enjeu proprement social, comme si le seul combat était désormais celui de la vie contre la mort. »

TOURAINE, Alain. Le retour de l’acteur. Paris : Fayard, 1984, p. 51 (Mouvement 3)

Se reconstruire

« Ne nous hâtons pas trop d’écarter ces tendances de la pensée sociale actuelle. Car c’est bien sur cette scène publique, encombrée de pesants appareils et de mécanismes de répression, trouée d’appels à l’identité, traversée par les jeux de l’amour et du hasard, qu’il nous faut entreprendre cette tâche – que d’aucuns pourront juger impossible – de reconstruire une représentation de la vie sociale. Tâche plus difficile encore dans un pays comme la France où le désarroi de l’analyse reste encore recouvert par le linceul des idéologies mortes. »

TOURAINE, Alain. Le retour de l’acteur. Paris : Fayard, 1984, p. 12 (Mouvement 3)